Départ
Le guide de révision, en une page
Tout ce qui suit est tiré des diapositives des cours 1 à 7 de Yanie Pierre-Jérôme et du guide de révision officiel. Les encadrés « Complément » ajoutent ce qui vient du manuel ou de la culture générale : ils sont là pour comprendre, pas pour remplacer les diapos.
Durée2 heures
Matériel permisDictionnaire et Bescherelle
Types de questionsChoix multiples, réponses courtes, développement
MatièreTout ce qui a été vu en classe jusqu'à maintenant
Les 22 thèmes à étudier
Coche un thème quand tu te sens prêt. La coche se retient sur cet appareil. Chaque thème mène à la fiche qui le couvre.
Comment utiliser ces pages
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Partie 1 · Fiche 1 · Cours 1 et 2
Qu'est-ce que la philosophie ?
Définition à savoir par cœur
La philosophie
Réflexion critique et rationnelle en quête de sens sur l'existence humaine et sur le monde.
Trois mots portent la définition. Critique : on remet en question ses opinions, la philosophie ne donne pas de réponses toutes faites. Rationnelle : on cherche à l'aide de la raison, pas de l'émotion ni de l'impulsion. Quête de sens : on cherche le sens de notre propre existence et celui du monde.
Elle nous permet de réfléchir rationnellement et de mieux argumenter. Elle est en opposition avec les comportements irrationnels, émotifs ou impulsifs.
La raison
Définition
La raison
Faculté humaine qui nous permet de connaître, de juger et d'agir en fonction de principes clairs qui peuvent être justifiés logiquement.
La naissance de la philosophie correspond à l'origine de la rationalité comme explication du réel. C'est pourquoi la philosophie est la source des sciences modernes.
Piège d'examen
Rationnel et irrationnel ne sont pas synonymes de vrai et faux. La religion, l'art et la poésie peuvent nous faire accéder à des vérités sans utiliser la raison. La rationalité n'est qu'un chemin parmi d'autres. Mais dans un contexte philosophique ou scientifique, l'approche rationnelle est une exigence.
Autre piège : l'arrivée d'un nouveau mode de pensée ne supprime pas les modes antérieurs. C'est un ajout dans les outils d'explication de la réalité. La pensée mythique n'a pas disparu quand la philosophie est née.
Philo-sophia : le désir de la sagesse
Philo-sophia signifie l'amour ou le désir de la sagesse. Si on la désire, c'est qu'on ne l'a pas. Par conséquent, la philosophie n'est pas un corps de connaissances particulier, mais un état d'être.
Deux sortes de philosophie et cinq branches
- Celle qui appartient en commun à toute l'humanité : nous nous posons des questions philosophiques chaque jour.
- La philosophie académique, où certains individus poussent le questionnement jusqu'aux limites du savoir. Elle est séparée en 5 grandes branches.
| Branche | Sa question | Exemple |
| Métaphysique | Qu'est-ce qui existe vraiment, au-delà du physique ? (l'être, Dieu, l'âme) | Parménide et l'Être |
| Esthétique | Qu'est-ce que le beau, l'art ? | Une œuvre laide peut-elle être de l'art ? |
| Logique | Quelles sont les règles d'un raisonnement valide ? | L'elenchos de Socrate |
| Éthique | Qu'est-ce que le bien, la bonne action ? | La vertu-science |
| Épistémologie | Qu'est-ce que connaître, qu'est-ce que la science ? | Doxa contre logos |
Complément (pas dans les diapos)
Les diapos ne donnent que les noms des cinq branches ; les questions et exemples du tableau sont ajoutés pour les retenir. Truc mnémotechnique : M-E-L-É-É (Métaphysique, Esthétique, Logique, Éthique, Épistémologie).
Dans la vie de tous les jours
Nous nous interrogeons sur la meilleure façon d'agir dans des situations complexes ou délicates. Exemples vus en classe : peut-on être ami avec une personne qui a des valeurs différentes ? Est-il possible de faire changer d'avis une personne ? Devons-nous manger de la viande ? L'école est-elle un outil d'émancipation ou d'endoctrinement ? Est-ce que la fin justifie les moyens ? Doit-on dénoncer une injustice dont on est témoin ?
Penser par soi-même
La philosophie nous pousse à nous demander pourquoi nous pensons de cette manière et sur quelle base nous justifions notre réflexion. En remettant en question nos opinions, nous faisons ressortir les influences qui nous y ont menés : famille, éducation, expériences personnelles, réseaux sociaux, publicité. Nous sommes la somme de toutes ces influences.
On distingue donc les opinions indirectement justifiables (héritées d'une influence, on ne sait pas vraiment pourquoi on les tient) et les opinions directement justifiables (on peut en donner soi-même les raisons).
À retenir
Étudier la philosophie permet de reconnaître ces influences, d'explorer d'autres visions du monde et de choisir notre propre chemin pour voir la vie au quotidien.
Partie 1 · Fiche 2 · Cours 2 et 3
Philosophie, science et mythe : les trois différences à connaître
Deux comparaisons reviennent presque à coup sûr : philosophie contre science, et philosophie contre mythe. Les deux tableaux ci-dessous reprennent mot pour mot les diapos.
Philosophie et science
| Science | Philosophie |
| Progrès : les nouvelles connaissances remplacent les vieilles | Questions éternelles : remise en question de la réflexion |
| Savoir concret, pratique et empirique | Savoir conceptuel |
| Outils, instruments, expérimentation | Spéculation formelle et rationnelle (les présocratiques n'avaient aucun outil scientifique) |
Le lien entre les deux : la philosophie est la source des sciences modernes, parce qu'elle a introduit la pensée rationnelle comme explication du réel. Les présocratiques sont d'ailleurs qualifiés de « premiers scientifiques de l'histoire » (fiche 5).
Mythe et philosophie
| Mythe | Philosophie |
| Principes externes (transcendance) | Principes internes (immanence) |
| Étude du surnaturel (dieux) | Étude de la nature |
| Plusieurs principes | Économie des principes |
| On raconte des histoires (récits, tradition orale) | Textes discursifs et argumentatifs |
| L'ordre du monde est imposé par les dieux, il est arbitraire | La nature contient ses propres principes, règles, lois |
Deux mots à maîtriser
Transcendance : le principe qui explique le monde est en dehors du monde (les dieux, un au-delà). Immanence : le principe est à l'intérieur de la nature elle-même (l'eau, le feu, les atomes), on peut en faire l'expérience.
Le tableau de synthèse du cours 3, rempli
| Question | Pensée mythique (Hésiode, Homère) | Pensée rationnelle (présocratiques) |
| Quelle est l'origine du monde ? | Une généalogie de dieux : Chaos, Gaïa, Éros, puis les Titans et Zeus | Un principe premier (archè) naturel : eau, air, feu, nombre, atomes |
| Comment explique-t-on les phénomènes naturels ? | Par l'action et les passions des divinités | Par des causes naturelles, des principes internes à la nature |
| Quel rôle jouent les dieux ? | Central : ils créent et gouvernent l'ordre du monde | Marginal ou nul : la nature contient ses propres principes |
| Quel rôle joue la raison ? | Faible : on transmet et on croit la tradition | Central : observation et raisonnement |
| Quelle est la source principale de connaissance ? | Tradition orale, poètes, autorité, rituels | L'observation de la nature et le raisonnement (logos) |
| Quel est l'objectif de ce type de pensée ? | Donner du sens à la vie, maintenir l'ordre social et religieux, proposer des modèles moraux | Comprendre et expliquer la nature de manière intelligible |
L'activité des 8 affirmations, corrigée
A = pensée mythique (Hésiode), B = pensée rationnelle (présocratiques).
- Les phénomènes naturels sont expliqués par l'action de divinités. A
- Les récits transmettent les traditions religieuses et culturelles d'un peuple. A
- Les phénomènes naturels peuvent être expliqués par des causes naturelles. B
- Le monde possède un principe premier (archè) qui explique l'ensemble de la réalité. B
- Les dieux déterminent largement l'ordre du monde. A
- L'observation et la raison permettent de comprendre la nature. B
- L'univers possède une structure intelligible accessible à l'enquête rationnelle. B
- Les explications prennent la forme de récits mettant en scène des personnages divins. A
Partie 1 · Fiche 3 · Cours 2 et 3
La pensée mythique dans la Grèce antique
Avant la philosophie, la pensée mythique était la principale source d'information pour comprendre la réalité. Il faut savoir ce qu'est un mythe, à quoi sert la religion, et qui a écrit les grands mythes grecs.
Les sept traits du mythe
- Tradition orale, récits non historiques.
- Raconte l'origine des êtres humains.
- Explique la cause des phénomènes naturels mystérieux.
- Fait intervenir des êtres surnaturels.
- Propose des modèles exemplaires à valeur morale.
- Organise le temps (fêtes, saisons, calendrier).
- Donne du sens à la vie humaine.
Le mythe et la religion
La religion fait son apparition pour s'attirer les faveurs des êtres surnaturels. Pour vivre une vie paisible et prospère, on veut entrer en contact avec eux. Agir selon leurs prescriptions devient le code moral et social. La religion dite primitive est efficace, car elle se structure à partir de mythes et de rituels pour maintenir l'ordre de l'univers.
Les auteurs : Homère et Hésiode
Les poètes Homère et Hésiode ont structuré et écrit les mythes qui étaient autrefois transmis par tradition orale. Leurs écrits précisent le caractère anthropomorphique des divinités : personnalités, traits physiques, qualités morales, passions, fonctions sociales. En formalisant les mythes par l'écriture, ils éliminent plusieurs contradictions en fixant des filiations cohérentes entre les divinités, et ils ordonnent plus rigoureusement les luttes et alliances.
Mot à maîtriser
Anthropomorphisme : donner aux dieux une forme et des traits humains (un corps, des colères, des jalousies, des amours). C'est exactement ce que Xénophane reprochera à Homère et Hésiode (fiche 6).
Complément (pas dans les diapos)
Homère est l'auteur de l'Iliade (la guerre de Troie) et de l'Odyssée (le retour d'Ulysse). Hésiode est l'auteur de la Théogonie et des Travaux et les Jours, les deux textes détaillés en classe.
La Théogonie d'Hésiode (la naissance des dieux)
- Abîme (le Chaos), Gaïa (la Terre) et Éros (l'Amour) sont les premières entités.
- Gaïa engendre Ouranos (le Ciel) et Pontos (la Mer).
- Naissent les Titans, les Titanides, les Cyclopes et les Hécatonchires (géants aux cent bras).
- Zeus est caché par Rhéia chez Gaïa pour échapper à son père Cronos, le Titan qui dévore ses enfants.
- La guerre des Titans contre les Olympiens (la Titanomachie).
- Zeus, roi des dieux et des humains, établit l'ordre définitif du monde.
Les Travaux et les Jours d'Hésiode (l'origine des malheurs humains)
- Les premiers êtres humains vivaient comme des dieux et jouissaient de l'abondance naturelle.
- Lorsque Zeus devint roi, il demanda à Prométhée de départager les dieux et les humains.
- Prométhée donne le feu aux humains et leur enseigne la métallurgie.
- Dans sa colère, Zeus envoie une malédiction aux humains.
- Pandore ouvre la jarre contenant tous les malheurs, qui se répandent sur l'humanité.
- Les descendances : race d'or, d'argent, de bronze, des héros (demi-dieux) et de fer.
Piège d'examen
L'ordre des races : or, argent, bronze, héros, fer. Les métaux vont du plus précieux au plus commun, avec les héros intercalés avant le fer. Et c'est une jarre que Pandore ouvre, pas une boîte.
La pensée mythique aujourd'hui (question de réflexion du cours 2)
Exemples utilisables dans une réponse à développement : l'horoscope et l'astrologie (des forces externes expliquent ma journée), les superstitions des sportifs (un rituel pour s'attirer la faveur du sort), les théories du complot (un récit avec des personnages cachés qui expliquent tout), les récits fondateurs des nations et les grandes histoires de marques (le produit qui « change la vie »). Dans chaque cas, on retrouve un récit, des forces externes et une valeur morale.
Partie 1 · Fiche 4 · Cours 2
Le passage du mythe à la raison
La diapo « Passage du mythe à la raison » tient en quatre idées qui s'enchaînent. Il faut pouvoir les expliquer dans l'ordre.
- Nouveau registre de discours explicatif : on ne raconte plus d'histoires.
- L'ordre imposé par les dieux est arbitraire : il dépend de leurs caprices, donc il n'explique pas vraiment la stabilité du monde.
- On cherche donc un procédé explicatif qui rendra mieux compte de la stabilité et de l'ordre du monde.
- La nature contient ses propres principes : règles générales, lois, principes.
À retenir
Ce passage se fait d'abord à propos de la nature (les présocratiques, fiches 5 et 6), puis il s'applique aux affaires humaines : les lois cessent d'être divines et immuables pour devenir humaines et conventionnelles (fiche 8, la démocratie athénienne).
Point à ne pas oublier dans une réponse : la raison ne chasse pas le mythe. Un nouveau mode de pensée est un ajout dans les outils d'explication de la réalité, pas un remplacement.
Partie 1 · Fiche 5 · Cours 2
Les présocratiques : les premiers philosophes
Quatre choses sont demandées par le guide : leurs innovations, les principes scientifiques qu'ils ont anticipés, leur méthode, et le principe premier de chacun (fiche 6).
Qui sont-ils ?
- Les premiers philosophes, avant Socrate (d'où le nom).
- Ils traitent de questions qui portent sur la nature : l'univers matériel, le chaos primitif, l'origine de l'ordre.
- Ils abordent les premiers principes matériels : eau, air, feu, terre.
- Nouvelle méthode : textes discursifs et argumentatifs basés sur l'observation et le raisonnement.
- Fascinés par la réflexion sur le changement propre à la transformation physique des êtres vivants.
- Leurs textes nous sont parvenus sous forme de fragments plus ou moins épars.
Les trois innovations fondamentales
- Des principes internes, immanents à la nature. Pour expliquer les phénomènes naturels, les « physiciens » font intervenir des principes dont nous pouvons généralement faire l'expérience, et non des dieux extérieurs.
- La nature n'est pas chaotique : elle est intelligible. Elle est un tout organisé rationnellement, systématiquement, harmonieusement, suivant une certaine régularité et un certain ordre. Elle est compréhensible en elle-même, et non depuis un au-delà divin et mystérieux.
- Des explications économiques et parcimonieuses. Elles font intervenir un nombre restreint de principes, parfois un seul, pour rendre compte d'une multiplicité de phénomènes.
Piège d'examen
Les trois innovations correspondent exactement aux trois lignes du tableau mythe contre philosophie (fiche 2) : immanence, nature, économie des principes. Si on te demande l'un, tu connais l'autre.
Les premiers scientifiques de l'histoire ?
Oui, on peut les qualifier ainsi, puisqu'ils sont les premiers à nourrir une réflexion purement théorique (et non pas technique ou religieuse) sur la nature. Ils ont anticipé plusieurs principes scientifiques considérés vrais encore aujourd'hui :
- Le Big Bang (un état initial d'où tout sort);
- L'évolution (les vivants se transforment);
- L'atome (Démocrite);
- La conservation de l'énergie (rien ne naît de rien, rien ne disparaît).
Cependant, deux différences avec la science :
- Méthode différente : spéculation formelle et rationnelle, aucun outil scientifique.
- Intérêts différents : théologie, ontologie, morale.
La méthode philosophique des présocratiques
À retenir, en quatre points
- Ils observent la nature et raisonnent à partir de ce qu'ils voient.
- Ils écrivent des textes discursifs et argumentatifs (des raisons, pas des récits).
- Ils cherchent un principe premier (archè) interne à la nature qui explique tout le reste.
- Ils procèdent par spéculation rationnelle, sans instruments ni expériences.
Mots à maîtriser
Ontologie : l'étude de l'être, de ce qui est (Parménide). Théologie : l'étude de dieu ou des dieux (Xénophane). Archè : le principe premier, l'origine d'où tout dérive.
Partie 1 · Fiche 6 · Cours 2
Cinq présocratiques, un par un
Pour chacun : ses dates, son principe premier, sa thèse principale et un détail qui le distingue. Le tableau récapitulatif est à la fin.
Pythagore
580 à 495 av. J.-C.
Principe premier : le nombre
- Figure quasi légendaire : un mage, un prophète, un devin. Il est chef d'un culte religieux qui vénère les nombres.
- Doctrine : l'univers peut s'expliquer par les nombres. « Tout est nombre. »
- La justice, c'est le 9; l'âme, c'est le 1; la perfection du monde, c'est le 10; le temps, c'est le 7.
Xénophane de Colophon
540 à 475 av. J.-C.
Principe premier : un dieu unique et rationnel
- Marque le début des lumières grecques.
- Critique l'image des dieux que projettent les mythes d'Homère et d'Hésiode : leur anthropomorphisme et leur immoralisme.
- Scepticisme : est-il même possible de connaître la nature propre des dieux, étant donné l'écart entre eux et nous ? Nous sommes des êtres imparfaits, finis, dont le pouvoir de connaître est limité.
- Propose néanmoins un dieu rationnel : unique, inengendré, omniscient, omnipotent, immobile. Il est cause du mouvement par la force de son esprit. Il est parfait sur le plan moral.
ComplémentSa formule célèbre : si les bœufs et les chevaux avaient des mains, ils dessineraient des dieux à forme de bœufs et de chevaux. C'est la critique de l'anthropomorphisme en une image.
Héraclite
540 à 480 av. J.-C.
Principe premier : le feu
- L'élément premier est le feu : tout est combustion perpétuelle.
- Le penseur du mouvement dans la nature : selon lui, rien n'est stable.
- Sceptique à l'égard des sens, toujours relatifs, car ils perçoivent des objets toujours en flux.
- La connaissance est-elle possible ? Oui : le logos (la pensée, la parole, l'ordre de l'univers) du sage peut capter la vérité, car bien que tout change, il y a une loi stable et rationnelle qui régit ce changement.
ComplémentSa formule célèbre : on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve. L'eau a changé, et toi aussi.
Parménide
510 à 440 av. J.-C.
Principe premier : l'Être
- Connu par un unique ouvrage, un poème intitulé De la nature. Le poème s'ouvre sur un ton mythique, bien qu'il s'agisse d'un traité d'ontologie et de logique.
- Trois voies possibles pour la connaissance :
- La vérité : l'Être est inengendré et impérissable, universel, immobile, sans fin (éternel), un, continu.
- Le non-être : le réel n'admet aucune contradiction. Il est donc impossible de dire que le non-être est.
- Le semblant (le devenir) : l'identité de l'être et du non-être est une illusion.
Piège d'examenParménide est l'exact opposé d'Héraclite. Héraclite : tout change, rien n'est stable. Parménide : l'Être est immobile et éternel, le changement est une illusion.
Démocrite
460 à 370 av. J.-C.
Principe premier : les atomes et le vide
- Père de l'atomisme.
- Les atomes sont indivisibles, insécables, en nombre infini, sans aucune diversité qualitative. Ils diffèrent par la forme, par l'ordre et par la grandeur.
- Il y a l'être (les atomes) et le non-être (le vide).
- On se moque de lui à l'époque. Aristote le prend au sérieux, mais s'oppose à lui.
- Pure mécanique : le hasard, et non dieu, est au fondement de l'existence.
Tableau récapitulatif
| Philosophe | Dates | Principe premier | Thèse en un mot |
| Pythagore | 580-495 | Le nombre | « Tout est nombre »; culte des nombres |
| Xénophane | 540-475 | Un dieu unique, rationnel | Critique de l'anthropomorphisme; scepticisme |
| Héraclite | 540-480 | Le feu | Tout change; le logos capte la loi du changement |
| Parménide | 510-440 | L'Être | L'Être est un, immobile, éternel; le devenir est illusion |
| Démocrite | 460-370 | Les atomes et le vide | Atomisme; le hasard, pas dieu |
Complément (manuel, chapitre 1 : à vérifier dans ton livre)
La diapo dit que les présocratiques « abordent les premiers principes matériels (eau, air, feu, terre) ». Les diapos ne nomment que le feu (Héraclite). Dans les manuels, on trouve habituellement : Thalès, l'eau; Anaximène, l'air; Anaximandre, l'apeiron (l'illimité); Empédocle, les quatre éléments (terre, eau, air, feu). À connaître si ton chapitre les couvre.
Partie 2 · Fiche 7 · Cours 3
Doxa et logos
Deux mots grecs qui organisent toute la deuxième partie du cours : les sophistes sont du côté de la doxa, Socrate du côté du logos.
Définition
La doxa
Une croyance ou opinion non examinée, fondée sur l'apparence, l'habitude ou l'autorité, et qui ne repose pas sur une justification rationnelle universelle.
« L'opinion se rapporte à ce qui devient et change, tandis que la science se rapporte à ce qui est. »Platon, La République, livre V
Définition
Le logos
Un discours structuré par la raison, capable de se justifier et visant une validité universelle.
L'être humain est « l'animal doué de logos ».Aristote
| La doxa | Le logos |
| Opinion | Raison |
| Apparence | Essence |
| Persuasion | Justification |
| Relatif | Universel |
À retenir
Le mot logos a déjà été rencontré chez Héraclite (la pensée, la parole, l'ordre de l'univers). Les sophistes travaillent l'apparence, la persuasion et le relatif : la colonne doxa. Socrate cherche l'essence, la justification et l'universel : la colonne logos.
Partie 2 · Fiche 8 · Cours 3
La démocratie athénienne
Il faut connaître l'avant (les cités-États et la justice divine), les deux réformateurs (Solon et Clisthène), le fonctionnement de la démocratie directe, sa dégradation, et le tableau des régimes selon Platon.
Avant la démocratie directe
- Territoire morcelé, partagé en cités-États. Chacune avait sa propre administration et des cultes religieux distincts, ainsi qu'une agora, un marché et une acropole.
- Constituées en monarchies, elles se liguaient au besoin contre des ennemis extérieurs.
- Les rois fondaient leur autorité sur les rituels religieux, puisque la pensée mythique dominait. L'alliance entre pouvoir religieux et politique servait à maintenir la cohésion sociale.
Comment on est passé de la justice divine à la justice humaine
- L'agrandissement et l'enrichissement des communautés mènent les riches propriétaires terriens (le Conseil du Roi) à s'accaparer le pouvoir et à instaurer une aristocratie.
- Ils utilisent des justifications religieuses qui présupposent une justice divine, modifiée à leur avantage, pour abuser le peuple.
- Quelques siècles plus tard, la classe commerçante, enrichie par les échanges avec les pays voisins, remet en question le pouvoir arbitraire de la classe gouvernante et réclame des lois écrites.
- C'est la transformation de la justice divine en justice humaine ou conventionnelle : les lois ne sont plus immuables et divinement prescrites, mais attribuées à une origine historique.
- Apparaissent des régimes plus modérés qui permettent aux moins nantis de se libérer de la tyrannie des plus puissants. À Athènes, ces changements mènent à la démocratie.
À retenir
La séparation entre mythique et rationnel, observée d'abord à propos de la nature, s'applique maintenant aux affaires humaines. C'est le même mouvement que dans la fiche 4.
Les deux réformateurs
- Solon
v. 640-558« Le père de la démocratie », premier haut fonctionnaire à prendre en considération les revendications du peuple. Trois modifications à la constitution athénienne :
- l'abolition des dettes imposées par les riches propriétaires terriens aux paysans;
- la libération des esclaves d'origine grecque;
- la substitution de l'aristocratie de fortune à l'aristocratie de naissance.
La troisième est la plus significative : elle donne à tout citoyen l'opportunité de s'enrichir et ouvre la porte à une réelle démocratie. Plus grande flexibilité entre les couches sociales, car les nobles de sang ne sont plus les seuls à s'occuper des charges publiques.
- Clisthène
Avec son
système décimal, on voit un réel changement de régime. Pour supprimer le privilège aristocratique, il divise le territoire en
10 tribus, chacune composée de citoyens de différentes couches socio-économiques; les membres du gouvernement sont choisis sans distinction de classe ou de profession.
- 1 stratège (général) élu annuellement par scrutin et 50 conseillers tirés au sort par tribu forment le gouvernement.
- Le tribunal populaire : 500 juges par tribu, tirés au sort.
- L'ostracisme : expulser de la cité tout citoyen devenu trop influent, pour éviter un basculement vers la tyrannie.
Piège d'examen
Le stratège est élu; les conseillers et les juges sont tirés au sort. Le tirage au sort fait circuler le pouvoir entre plusieurs citoyens, ce qui limite les intrigues et la concentration du pouvoir entre les mains d'un petit nombre.
Comment fonctionne la démocratie directe
- Contrairement à nos démocraties représentatives, c'est le peuple qui gouverne directement.
- L'Assemblée du peuple nomme et surveille les hauts magistrats, vote toutes les lois élaborées par le Conseil, et administre la justice.
- Les lois sont au-dessus de tous les citoyens. Les Athéniens méprisent le fait de se prosterner devant un maître autre que la loi : ils valorisent la liberté plus que tout.
- Place particulière aux discours et dialogues devant l'Assemblée : tout citoyen, sans distinction de classe, peut s'exprimer et présenter son avis sur ce qu'il croit bon pour la cité.
- Les classes sociales existent, mais elles servent à réduire les trop grandes différences de richesse (certaines taxes ne s'appliquent qu'aux plus riches).
- C'est un contexte idéal pour les sophistes, maîtres dans l'art de bien parler : les jeunes riches aux ambitions politiques veulent persuader les foules et influencer le vote de la majorité.
La dégradation
Vers la fin du 5e siècle avant J.-C., la démocratie se dégrade. Certains hommes cultivés et riches incitent le peuple à prendre des décisions extravagantes, à l'encontre du bien commun, et à émettre des décrets en opposition avec des lois déjà existantes. Cela mène à un désordre total. Les controverses liées à cette fin sont présentes dans les débats qui confrontent les sophistes à Socrate et Platon.
Les régimes politiques selon Platon
| Régime | Définition | Valeur dominante | Dirigeant | Dérive | Problème principal |
| Aristocratie (idéale) | Gouvernement des meilleurs (philosophes) | Sagesse | Philosophe-roi | Timocratie | Idéal difficile à maintenir |
| Timocratie | Gouvernement basé sur l'honneur et le mérite militaire | Honneur | Guerriers | Oligarchie | Recherche de prestige |
| Oligarchie | Gouvernement des riches | Richesse | Élite économique | Démocratie | Inégalités sociales |
| Démocratie | Gouvernement du peuple | Liberté | Le peuple | Tyrannie | Excès de liberté |
| Tyrannie | Gouvernement d'un seul pour son intérêt | Désir, pouvoir | Tyran | Aucune | Oppression totale |
À retenir
Le cycle : Aristocratie → Timocratie → Oligarchie → Démocratie → Tyrannie. Chaque régime dégénère en le suivant. Pour Platon, la démocratie dérive vers la tyrannie par excès de liberté. C'est exactement ce que Socrate observe à Athènes.
« La démocratie athénienne est-elle juste ? » (plan d'argumentation)
Plan modèle : introduction (sujet amené, posé, divisé), 2 arguments, 1 objection
Sujet amené : Athènes invente au 5e siècle un régime où le peuple gouverne directement. Sujet posé : ce régime est-il juste ? Sujet divisé : oui pour deux raisons, mais une objection sérieuse demeure.
Argument 1 : le tirage au sort et l'ostracisme empêchent la concentration du pouvoir; les lois sont au-dessus de tous. Argument 2 : tout citoyen, peu importe sa classe, peut parler à l'Assemblée et voter les lois, et les taxes réduisent les écarts de richesse.
Objection : le mot « citoyen » exclut les femmes, les esclaves et les étrangers (complément historique), et le régime est vulnérable aux beaux parleurs : les sophistes poussent le peuple à des décrets contraires aux lois, ce qui mène au désordre et, selon Platon, à la tyrannie.
Partie 2 · Fiche 9 · Cours 3 et 4
Les sophistes
Définition
Les sophistes
Enseignants professionnels, itinérants et rémunérés, qui apparaissent dans un contexte démocratique où les décisions politiques sont débattues publiquement.
- Leur but
- Former des citoyens capables de réussir dans la vie publique (en politique et devant les tribunaux).
- Leur outil
- L'efficacité du discours. La question qui les suit partout : persuader ou manipuler ?
- Leur centre
- Ils placent l'humain et le langage au centre de leurs théories. Au lieu de rechercher des normes universelles, ils se concentrent sur des normes pragmatiques.
- Leur titre
- On les considère comme les premiers humanistes de la philosophie occidentale.
- Leur désaccord
- Les sophistes n'étaient pas tous d'accord sur ce qu'ils considéraient être le plus utile pour la vie en société. D'où deux camps sur la justice (fiche 12).
Piège d'examen
Trois mots définissent le sophiste : professionnel, itinérant, rémunéré. C'est le contraire exact de Socrate, qui ne vend pas de savoir, reste à Athènes et refuse l'argent (fiche 13). Ne pas confondre non plus : les sophistes ne sont pas des philosophes de la nature comme les présocratiques; leur objet, c'est l'humain et le langage.
Complément
Les deux sophistes les plus connus sont Protagoras (« L'homme est la mesure de toutes choses ») et Gorgias, maître de rhétorique. Le cours se concentre sur Protagoras.
Partie 2 · Fiche 10 · Cours 3 et 4
Protagoras : la convention, le subjectivisme et le relativisme
Protagoras est le sophiste le plus détaillé du cours. Trois blocs : sa théorie du développement des sociétés, ses 3 prémisses (le subjectivisme), et les 6 conséquences (le relativisme de la vérité, de la justice et de la moralité).
Qui est-il ?
- Un agnostique : il remet en question la possibilité de confirmer ou d'infirmer l'existence des dieux sur la base de nos sens.
- Un défenseur de la justice conventionnelle : il élabore la théorie de l'évolution des sociétés humaines, où il loue les mérites des lois.
- Pour lui, sans un respect profond de la convention et de l'harmonie politique, la vie humaine régresserait vers un état de désordre et de guerre perpétuelle.
Mot à maîtriser
Convention : ce que les humains ont décidé ensemble (les lois, les règles, les coutumes), par opposition à la nature, qui s'impose d'elle-même. Toute la partie 2 tourne autour de l'opposition nature contre convention (loi).
La théorie du développement des sociétés humaines
- État primitif sauvage : les humains suivent leurs instincts primitifs et égoïstes, leur nature querelleuse.
- Lent apprentissage : ils apprennent à se libérer de ces instincts pour passer à un contrat d'entraide mutuelle.
- Obéissance aux lois : le désir de quitter cet état brutal et désordonné motive leur empressement à obéir aux lois, qui garantissent sécurité et égalité.
- Éducation : la société permet d'apprendre les vertus; grâce à cette éducation, on obéit à la convention et on rejette sa nature égoïste.
Il oppose donc l'état primitif sauvage à la sociabilité basée sur l'expérience et les conventions, et il défend la supériorité de la convention comme manière d'éviter la tyrannie des puissants. Cette conception ne se limite pas à la politique : elle affecte aussi sa conception du réel et de la vérité.
Les 3 prémisses : le subjectivisme
- La nature n'offre rien de stable à nos perceptions. Les perpétuelles contradictions des apparences constituent le fond sur lequel l'humain élabore la réalité.
- La science est la sensation. Le réel et le vrai dépendent de la manière dont nous organisons en discours ce qui apparaît à nos sens.
- Tout est subjectif. Les choses ne sont que ce que nous disons qu'elles sont : il n'y a pas de réalité objective indépendante de notre discours.
Note sur la diapo
La diapo écrit « les choses ne sont pas ce que nous disons qu'elles sont ». Le sens du subjectivisme de Protagoras, confirmé par les six conséquences, est plutôt que les choses ne sont que ce que nous en disons. Si la question sort, réponds avec l'idée : tout est subjectif, la vérité dépend de chacun.
Les 6 conséquences : le relativisme
- La connaissance du bien et du juste ne peut être fondée sur des lois naturelles objectives.
- Dans le domaine de l'action, la justice ne peut avoir de qualités objectives : elle dépend entièrement des décisions humaines.
- Il n'y a donc pas de justice universelle, supérieure à la convention.
- « Justice » et « légalité » (les lois que nous nous donnons dans une convention) sont synonymes.
- La loi établie par convention est donc parfaitement juste tant et aussi longtemps que la majorité la croit telle.
- Il faut respecter la convention, qui est le plus grand bien.
Le relativisme, en trois lignes
- Relativisme de la vérité : le vrai dépend de la perception et du discours de chacun (prémisses 1 à 3).
- Relativisme de la justice : juste = légal = ce que la majorité décide (conséquences 4 à 8).
- Relativisme de la moralité : le bien n'est pas objectif, il est remplacé par l'utile (fiche 11).
Piège d'examen
Protagoras est relativiste, mais il défend les lois. Conclusion 9 : il faut respecter la convention. Ce sont les autres sophistes (Antiphon, Thrasymaque, Calliclès) qui en tirent la loi du plus fort. Ne mets jamais Protagoras dans le camp de la désobéissance.
Partie 2 · Fiche 11 · Cours 4 et 5
Le pragmatisme et le discours double
Le problème
Pour les sophistes, nos opinions viennent de nos perceptions, qui sont reconnues comme vraies. Ainsi, chacun pourrait s'inventer sa propre justice basée sur sa vision du monde. Cela mènerait à une guerre continuelle d'intérêts contradictoires.
La solution de Protagoras : la rhétorique
- L'homme d'État doit posséder l'art de la rhétorique pour reconnaître ce qui est le plus avantageux aux fins de la vie en commun.
- Pour empêcher le désordre politique et les luttes perpétuelles, il doit se référer à des normes pragmatiques.
- Il doit faire adopter les opinions les plus utiles à la vie commune en utilisant des discours persuasifs. Celles-ci pourraient être des croyances ou des fictions qu'il propage pour maintenir la cohésion sociale.
- La sagesse implique donc une capacité à influencer les foules et à orienter la vie commune en ralliant la majorité autour des opinions qui conviennent le mieux au contexte.
- L'enseignement de la rhétorique a pour objectif de donner tous les outils pour que l'opinion la plus utile ressorte gagnante.
La formule à retenir
Ainsi, le bien est remplacé par l'utile, et la vérité par la vraisemblance.
Mots à maîtriser
Pragmatisme : ce qui compte, c'est ce qui fonctionne, ce qui est utile, pas ce qui est vrai en soi. Vraisemblance : ce qui a l'air vrai, ce qui est crédible pour la foule. Rhétorique : l'art de persuader par le discours.
Le discours double
Protagoras utilisait la technique du discours double : louer et blâmer chacune des deux positions opposées d'un même problème. Les élèves développaient l'habileté nécessaire pour déjouer les arguments contraires à leur position. Ainsi, la position qui paraissait la plus faible au début pouvait l'emporter sur celle qui semblait plus forte.
On disait que Protagoras enseignait l'art de faire que l'argument le plus faible l'emporte sur le fort.Diapo « Le pragmatisme », cours 4
Piège d'examen
Cette formule, « faire que l'argument le plus faible l'emporte », sera l'une des accusations portées contre Socrate à son procès. Sa réponse : on le confond avec les sophistes (fiche 17).
Partie 2 · Fiche 12 · Cours 4 et 5
La loi du plus fort
Même point de départ que Protagoras (nature contre loi, théorie du développement des sociétés), conclusion inverse : il faut suivre la nature, pas la loi. Quatre noms à distinguer : Antiphon, Thrasymaque, Glaucon, Calliclès.
Le point de départ commun
Selon Protagoras, les humains doivent se conformer aux conventions sociales, car il existe une opposition entre la nature et la loi. La loi permet une justice égale pour tous, alors que la nature nous met face au désordre et à l'égoïsme sauvage.
En utilisant la même théorie du développement historique de la société, certains autres sophistes adoptent une conception qui privilégie la nature plutôt que la loi : si la loi est uniquement basée sur des conventions humaines, elle est artificielle comparativement à la nature. Il est donc justifié de désobéir aux lois chaque fois qu'on ne risque pas de se faire prendre.
Les quatre porte-parole
Antiphon
Sophiste
La loi, invention des faibles
La loi n'est qu'une invention de la majorité, composée de faibles et de vauriens, impuissants à réaliser leurs désirs, qui veulent empêcher les plus forts de les dominer.
Thrasymaque
Dans La République de Platon
La justice véritable est la loi du plus fort
- La loi de la nature est faite de manière telle que le plus fort commande et établit les lois dans son propre intérêt.
- Le faible obéit uniquement pour éviter des représailles.
- Plus celui qui commande est cruel et injuste, plus la foule se soumet et loue son tyran comme si c'était un bienfaiteur.
Glaucon
Dans La République de Platon
Le berger du roi de Lydie
- Les humains sont plus enclins à suivre leur nature égoïste qu'à respecter la loi; il est normal que chacun agisse dans son intérêt personnel sans tenir compte d'autrui.
- Il utilise l'histoire du berger au service du roi de Lydie : si quelqu'un possédait un pouvoir pareil, il ne considérerait pas ce qui est juste ou injuste, car il ne pourrait pas résister à commettre le mal dans son intérêt personnel.
- Le respect de la loi n'est jamais volontaire; la loi n'est qu'un obstacle à la réalisation de la nature humaine.
ComplémentLe berger s'appelle Gygès. Il trouve un anneau qui rend invisible, séduit la reine, tue le roi et prend le trône. Question de Glaucon : avec cet anneau, qui resterait juste ?
Calliclès
Riche aristocrate
« L'homme le plus juste est le tyran le plus cruel »
- Un bon exemple de l'immoralité qui pouvait découler de l'enseignement des sophistes.
- Les plus forts ont le devoir de mépriser la loi érigée par convention et de suivre la loi de la nature, qui dicte d'user de tous les moyens pour dominer les autres.
- Comme la nature donne aux plus forts la possibilité de satisfaire tous leurs désirs, et que le bien n'est autre chose que leur réalisation, il est juste de se comporter ainsi.
Le bilan du cours
- Antiphon, Thrasymaque et Glaucon montrent que si les sophistes adoptent tous une vision relative et subjective de la vérité et de la réalité, ils se divisent en deux camps quant à la justice humaine : Protagoras soutient qu'il faut obéir à la loi; plusieurs autres affirment qu'elle met injustement un frein à la nature humaine.
- Puisque l'enseignement des sophistes visait à outiller les élèves dans l'art de bien argumenter, ils pouvaient eux-mêmes décider de l'utilisation de leur nouveau savoir (intérêt personnel ou bien commun). La loi devenait une affaire de stratégie et de calcul.
- Même si Protagoras visait un but noble, le relativisme qu'il soutenait a fait qu'au sein de la sophistique, l'éloge de la démocratie est devenu un éloge de la tyrannie et de l'égoïsme. La même idéologie peut mener à des conséquences bien différentes selon l'interprétation des auditeurs.
Camp de la loi (convention)
- Protagoras
- La loi = justice égale pour tous
- Sans elle : désordre, guerre perpétuelle
- Il faut respecter la convention
Camp de la nature (loi du plus fort)
- Antiphon, Thrasymaque, Glaucon, Calliclès
- La loi est artificielle, invention des faibles
- Le plus fort commande dans son intérêt
- Désobéir quand on ne risque rien
« Respecterait-on les lois sans conséquences ? » (question de réflexion)
Exemples concrets pour une réponse : la vitesse sur la route quand il n'y a pas de radar, le piratage de films, la fraude fiscale quand on sait qu'on ne sera pas vérifié, ou à l'inverse les gens qui rapportent un portefeuille trouvé sans témoin. Position possible : Glaucon a raison pour une partie des gens, mais Socrate répondrait que celui qui fait le mal se nuit d'abord à lui-même (fiche 18).
Partie 2 · Fiche 13 · Cours 5
Socrate (470 à 399 av. J.-C.)
Sa vie et sa mission
- La majorité de son travail a lieu durant les années phares de la démocratie athénienne.
- Il se soucie de la vérité dans le domaine moral.
- Il voit dans l'enseignement des sophistes une pratique qui entraîne la désobéissance aux lois et une dégradation des mœurs. C'est pourquoi il passe beaucoup de temps sur les places publiques pour discuter avec des gens de toutes les classes sociales.
- Il dénonce la prétention du savoir et le conformisme irréfléchi : ceux qui prônent la loi du plus fort, la recherche des plaisirs ou l'accumulation des richesses matérielles.
- Il encourage les gens à prendre soin de leur vie intérieure et de leur âme.
- Son esprit critique et son combat acharné contre l'injustice lui valent l'admiration de ses concitoyens, mais mènent aussi à sa condamnation à mort en 399 av. J.-C. Il est accusé de corrompre la jeunesse et d'introduire de nouvelles divinités dans la cité.
Complément
Socrate n'a rien écrit. On le connaît surtout par les dialogues de son élève Platon (l'Apologie, l'Euthyphron, le Criton, le Théétète, La République). Chaque citation du cours vient donc de Platon.
L'approche socratique, contrairement aux sophistes
- Il ne vend pas un savoir.
- Il ne promet pas le succès politique.
- Il ne donne pas de recettes parfaites.
- Il questionne.
« La vie sans examen ne vaut pas la peine d'être vécue. »Platon, L'Apologie de Socrate
Le rejet du relativisme
Socrate rejette le relativisme des sophistes. Il suppose :
- qu'il existe des définitions universelles;
- que les concepts (justice, bien, etc.) ont une essence;
- que le bien n'est pas arbitraire.
L'ignorance socratique
Ignorance simple
- Je ne sais pas, et je sais que je ne sais pas.
- C'est la posture philosophique que privilégie Socrate.
- Elle ouvre la recherche.
Ignorance qui s'ignore
- Je crois savoir ce que je ne sais pas.
- La prétention du savoir des sophistes et des puissants.
- Elle ferme la recherche.
À retenir
La philosophie commence par la conscience de son ignorance.
« Je suis plus sage que cet homme; car il croit savoir ce qu'il ne sait pas, tandis que moi, si je ne sais pas, je ne crois pas savoir. »Platon, L'Apologie de Socrate
Complément
L'origine de cette phrase : l'oracle de Delphes avait déclaré qu'aucun homme n'était plus sage que Socrate. Pour comprendre, il interroge les gens réputés sages et découvre qu'ils croient savoir sans savoir. D'où la formule souvent résumée : « Tout ce que je sais, c'est que je ne sais rien. »
Partie 2 · Fiche 14 · Cours 5
Les méthodes socratiques : elenchos, maïeutique, aporie
La discussion réfutative
Bien qu'elle puisse inclure plusieurs participants, il n'y a que deux interlocuteurs avec des rôles bien précis :
- le premier questionne pour mettre à l'épreuve les croyances;
- le deuxième défend le mieux possible sa position sur une question précise.
Les discussions réfutatives font appel à une ou plusieurs méthodes socratiques pour découvrir la vérité.
La réfutation (elenchos)
Le procédé
- Définition proposée par l'interlocuteur.
- Acceptation provisoire par Socrate.
- Questionnement.
- Contradiction révélée.
« Ce n'est pas moi qui réfute, mais la vérité qui apparaît par nos paroles. »Platon, L'Apologie de Socrate
La maïeutique
L'accouchement
- Méthode socratique pour faire émerger la vérité chez l'interlocuteur lui-même.
- La vérité émerge du dialogue rationnel.
« Mon art est semblable à celui des sages-femmes; il consiste à examiner si la pensée enfante quelque chose de viable. »Platon, Théétète
ComplémentMaïeutique vient du grec maieutikê, l'art de faire accoucher. La mère de Socrate, Phénarète, était sage-femme.
L'aporie
L'impasse
- Le mot vient du grec aporia : impasse, difficulté insurmontable, absence de passage.
- C'est le moment du dialogue où l'interlocuteur réalise que la définition qu'il croyait solide conduit à une contradiction, et qu'il ne sait plus ce qu'il croyait savoir.
- Elle vise à détruire l'illusion du savoir et à amorcer une réelle réflexion critique et prudente.
Comment les trois s'enchaînent
Elenchos (on réfute la définition) → aporie (l'interlocuteur est dans l'impasse, il reconnaît son ignorance) → maïeutique (à partir de là, on fait accoucher une vérité plus solide). L'elenchos et l'aporie sont le côté négatif (déconstruire le pseudo-savoir); la maïeutique est le côté positif (faire naître le vrai).
Piège d'examen
L'aporie n'est pas une méthode que Socrate « applique », c'est un résultat, un moment vécu par l'interlocuteur. L'elenchos est le procédé en quatre étapes. La maïeutique est la métaphore de la sage-femme. Trois mots, trois rôles.
Partie 2 · Fiche 15 · Vidéo vue en classe
Le dialogue d'Euthyphron
Les diapos donnent seulement les personnages, le contexte et trois questions. Le contenu ci-dessous suit le dialogue de Platon pour répondre à ces trois questions. Si la vidéo vue en classe résumait différemment, fie-toi à tes notes pour les détails.
- Personnages
- Socrate et Euthyphron, un devin qui se croit expert en matière de piété.
- Contexte
- Le dialogue se déroule peu avant le procès de Socrate. Socrate est accusé d'impiété et de corruption de la jeunesse. Il rencontre Euthyphron devant le tribunal d'Athènes.
- Pourquoi Euthyphron est là
- Il vient accuser son propre père de meurtre : un ouvrier de son père avait tué un esclave; le père a jeté l'ouvrier ligoté dans un fossé, où il est mort en attendant la décision des autorités religieuses. Euthyphron est certain que poursuivre son père est pieux.
1. Le problème que Socrate cherche à résoudre
La question centrale
Qu'est-ce que la piété ? Socrate veut une définition universelle (l'essence de la piété, ce qui rend pieuse toute action pieuse), pas des exemples. Comme il est lui-même accusé d'impiété, il dit vouloir devenir l'élève d'Euthyphron.
2. Les définitions d'Euthyphron et pourquoi Socrate les rejette
| Définition proposée | Pourquoi Socrate la rejette |
| 1. « La piété, c'est ce que je fais en ce moment : poursuivre le coupable, même si c'est mon père, comme Zeus a puni son propre père Cronos. » | C'est un exemple, pas une définition. Socrate veut la forme unique qui fait que toutes les actions pieuses sont pieuses. |
| 2. « Le pieux est ce qui est cher aux dieux; l'impie est ce qui leur déplaît. » | Selon les mythes, les dieux se querellent et sont en désaccord. Une même action serait alors à la fois pieuse et impie. Contradiction. |
| 3. « Le pieux est ce que tous les dieux aiment. » | C'est ici que Socrate pose son dilemme (voir plus bas). Être aimé des dieux est une qualité qui accompagne la piété, pas son essence. On n'a toujours pas dit ce qu'est la piété. |
| 4. « La piété est la partie de la justice qui concerne le soin des dieux. » | Quel « soin » ? Les dieux n'ont pas besoin de nous et on ne les rend pas meilleurs. Euthyphron répond : un commerce (prières, sacrifices contre faveurs). Mais ce qui « plaît » aux dieux nous ramène à la définition 2 : on tourne en rond. |
Fin du dialogue : aporie. Euthyphron ne sait plus ce qu'il croyait savoir et s'en va en prétextant une affaire pressante. Il illustre parfaitement l'ignorance qui s'ignore, et le dialogue applique l'elenchos étape par étape.
3. Le dilemme formulé par Socrate
Le dilemme d'Euthyphron
Le pieux est-il aimé des dieux parce qu'il est pieux, ou est-il pieux parce que les dieux l'aiment ?
- Si les dieux l'aiment parce qu'il est pieux : la piété existe indépendamment des dieux; leur amour n'en est qu'une conséquence. Il reste à définir la piété elle-même.
- S'il est pieux parce que les dieux l'aiment : la piété devient arbitraire; elle dépend du caprice d'une volonté, et n'importe quoi pourrait devenir pieux.
Le dilemme dépasse la religion. La diapo le généralise : une action est-elle bonne parce qu'une autorité (religieuse, politique ou sociale) l'approuve, ou devrait-elle être considérée comme bonne pour des raisons indépendantes de cette autorité ? Socrate choisit la seconde branche : le bien a une essence indépendante de toute autorité (fiche 16, la vertu-science). Les sophistes choisissent la première : le juste est ce que la majorité ou le plus fort décide.
Plan modèle pour la question de la diapo (position, argument, exemple)
Position : une action est bonne pour des raisons indépendantes de l'autorité qui l'approuve. Argument : si le bien dépendait de l'approbation d'une autorité, une même action deviendrait bonne ou mauvaise selon qui commande, et il n'y aurait aucun moyen de critiquer une loi injuste; or nous jugeons parfois qu'une autorité se trompe, ce qui suppose un critère extérieur à elle. Exemple : la ségrégation raciale était légale et approuvée par l'État aux États-Unis; on la juge pourtant injuste, donc l'approbation de l'autorité ne suffit pas à rendre une action bonne.
Partie 2 · Fiche 16 · Cours 6
La vertu-science
Définition
La vertu-science
Le rapport étroit entre l'action moralement bonne et la connaissance rationnelle proposé par Socrate. Pour posséder la vertu, il faut avoir une connaissance rationnelle du bien, qui n'est ni relative à chacun, ni basée sur l'opinion de la majorité.
- Comme pour tout autre art ou expertise, la conduite vertueuse nécessite de posséder un savoir qui guide notre action vers le bien, sans jamais faire de concession au mal.
- Socrate s'oppose au relativisme des sophistes : il n'y a qu'une seule vérité et un seul standard pour juger nos actions.
Où se trouve cette connaissance du bien ?
- La vérité universelle à propos des vertus se découvre dans la profondeur de notre âme. Ce n'est pas un savoir théorique ou académique.
- Le bien est inné : chacun a naturellement en lui le sens du bien.
- Les opinions, les fausses connaissances et les préjugés acquis par manque de réflexion et de sens critique nous empêchent d'accéder à cette connaissance. C'est pourquoi il faut désapprendre ce qu'on croit savoir et déconstruire le pseudo-savoir.
- À travers les discussions réfutatives, on prend conscience que notre savoir était plutôt une opinion, et on commence une démarche rationnelle de recherche de la vérité.
- Il faut atteindre le « degré zéro du savoir » pour que l'âme cherche à combler le manque à l'aide d'un savoir plus profond et vrai.
- La vérité est en chacun de nous, mais pour y accéder, il faut avoir le courage de se mettre soi-même à l'épreuve et de se questionner sans cesse.
La conséquence : le mal vient de l'ignorance
À retenir
Si nous faisons le mal, c'est parce que nous avons de la difficulté à connaître le bien. Si notre jugement était sain et que nous concevions correctement le bien, aucune passion ou désir irrationnel ne pourrait faire obstacle à notre volonté d'agir vertueusement, puisque c'est la vertu qui apporte le bonheur.
La tâche du philosophe est de faire prendre conscience aux autres que le bien est en eux et qu'ils peuvent le découvrir s'ils attachent plus d'importance à leur âme qu'à leur corps (justice et piété plutôt que biens matériels).
Complément
On résume souvent la vertu-science par la formule « Nul n'est méchant volontairement ». Le lien avec les trois méthodes : l'elenchos et l'aporie font atteindre le degré zéro du savoir; la maïeutique fait ensuite accoucher le bien qui était déjà en nous.
Les trois questions de la diapo (pistes de réponse)
Un argument rationnel et un exemple pour chacune
Le mal vient-il de l'ignorance ? Pour : celui qui vole croit que l'argent le rendra heureux; s'il connaissait vraiment le bien, il verrait que l'injustice abîme son âme (Socrate). Contre : on peut savoir qu'une chose est mal et la faire quand même par faiblesse ou colère (exemple : quelqu'un qui fume en sachant que c'est nocif).
La politique devrait-elle être séparée de la morale ? Socrate dit non : la démocratie directe exige des citoyens vertueux, sinon elle dégénère en loi du plus fort (fiche 17). Les sophistes disent oui, en pratique : l'homme d'État cherche l'utile, pas le bien (fiche 11).
La morale doit-elle être fondée sur la raison ou sur l'émotion ? Socrate : sur la raison, car les passions sont justement ce qui nous éloigne du bien. Objection : sans émotion (compassion, indignation), on ne serait pas motivé à agir moralement.
Partie 2 · Fiche 17 · Cours 5 et 7
Le procès de Socrate
- Année
- 399 av. J.-C.
- Accusations officielles
- Corrompre la jeunesse et introduire de nouvelles divinités dans la cité (impiété).
- Source
- L'Apologie de Socrate, où Platon décrit les propos que Socrate tient lors de son procès.
- Verdict
- Condamnation à mort. Socrate se soumet à la décision (fiche 18).
Complément
Les trois accusateurs sont Mélétos (un poète), Anytos (un politicien) et Lycon (un orateur). Le jury compte environ 500 citoyens tirés au sort. Socrate meurt en buvant la ciguë.
Les vraies raisons selon l'Apologie
Selon ce témoignage, les hommes puissants d'Athènes voulaient se débarrasser de Socrate parce qu'il démasquait leur prétention et leur ignorance. Ils n'aimaient pas que leurs propres fils se soient mis à leur répondre en utilisant la méthode socratique.
Les accusations et les réponses de Socrate
| Accusation | Réponse de Socrate |
| Il fait en sorte que l'argument le plus faible l'emporte. | On le confond avec les sophistes. C'est leur discours double, pas sa méthode. |
| Il se fait rémunérer. | La vertu ne peut être troquée contre de l'argent. Sa mission était d'être un guide dans la recherche de la vérité. |
| Il défend le bien et le mal, et rend les jeunes athées en étudiant la nature. | Il n'est pas athée et ne rejette pas les dieux de la cité. |
Un procès politique
Ce qu'on reproche réellement à Socrate, c'est d'avoir remis en question la démocratie. En réalité, Socrate remettait en question ce qui empêchait la démocratie de bien fonctionner.
« Si tous les citoyens doivent gouverner, il faut que, selon les préceptes de l'art politique, chacun gouverne dans l'intérêt de tous les gouvernés; si, au contraire, chacun ne veille qu'à son unique intérêt, la démocratie risque de dégénérer en tyrannie et en loi du plus fort. »Laramée, Introduction à la philosophie, p. 134
- La démocratie directe exige que les citoyens soient tous vertueux et disposés à être justes envers les autres.
- Il faudrait donc que tous sachent ce qu'est la justice.
- Or Socrate constatait que la majorité des gens se laissaient influencer par les préjugés et les opinions plutôt que par la vérité.
- C'est pourquoi il questionnait les sophistes, qui avaient la prétention de dicter leur conduite aux autres alors qu'ils ne connaissaient ni la justice ni le bien commun.
À retenir
Selon Socrate, il n'est pas suffisant de se croire moralement bon pour l'être. La vertu nécessite des efforts, exige un examen de soi et demande une recherche constante de la vérité.
Partie 2 · Fiche 18 · Cours 7
La justice et les lois
Le juste et le légal
Socrate fait la différence entre ce qui est juste et ce qui est légal, contrairement aux sophistes. La justice n'est pas la même chose que les lois ou les actions justes. Le législateur doit utiliser la compréhension universelle de la justice pour établir les lois de la société. La recherche de la vertu est au cœur de l'activité humaine, pour que chacun puisse contribuer à cette élaboration de la justice conventionnelle basée sur la compréhension innée du bien.
Définition socratique
La justice
« La justice est la vertu qui nous dicte de ne jamais commettre le mal. »
Le terme jamais a ici un sens absolu :
- si nous répondons au mal par le mal, nous nous montrons non vertueux et semblables aux méchants;
- en agissant par vengeance, nous commettons aussi le mal envers nous-mêmes et notre raison;
- nous courons le risque de rendre les méchants encore plus méchants.
Pourquoi il ne faut jamais désobéir aux lois
La définition socratique implique aussi que nous ne devons jamais désobéir aux lois, car la justice véritable est visée à travers elles. Même si les lois sont des copies imparfaites de la justice, leur désobéir mènerait au chaos et au désordre.
Après sa condamnation, Socrate décide de se soumettre à la décision du tribunal malgré l'injustice de la décision, pour rester en adéquation avec ses propres principes. Il préfère mourir en étant vertueux que de fuir la prison et de se placer au-dessus des lois de la cité.
Le paradoxe à savoir expliquer
Socrate critique la démocratie et juge son procès injuste, mais il obéit quand même. Ce n'est pas une contradiction : le juste et le légal diffèrent, mais désobéir à la loi serait commettre le mal contre la cité, donc être injuste selon sa propre définition. Pour les sophistes, à l'inverse, on obéit soit parce que la majorité l'a décidé (Protagoras), soit par peur des représailles (Thrasymaque).
Complément
La scène est racontée dans le Criton de Platon : son ami Criton a tout organisé pour le faire évader, et Socrate refuse en imaginant les Lois d'Athènes qui lui parlent.
« Est-il justifié d'aller à l'encontre d'une loi ? » (question de réflexion)
Plan modèle : position, un exemple, un contre-exemple
Position : il peut être justifié de désobéir à une loi injuste, mais seulement ouvertement et en acceptant les conséquences, sinon on retombe dans la loi du plus fort. Exemple : Rosa Parks refuse de céder sa place dans l'autobus en 1955; la loi de ségrégation est légale mais injuste, et sa désobéissance publique a fait changer la loi. Contre-exemple : Socrate lui-même refuse de fuir la prison, car désobéir en secret reviendrait à se placer au-dessus des lois et à commettre le mal contre la cité; sa position est que les lois, même imparfaites, visent la justice.
Synthèse · Fiche 19
Sophistes contre Socrate, point par point
Le tableau qui sert à toute question de comparaison. Chaque ligne renvoie à une fiche.
| Les sophistes | Socrate |
| La vérité | Relative, subjective : chacun sa vérité, la science est la sensation (fiche 10) | Universelle : les concepts ont une essence, le bien n'est pas arbitraire (fiche 13) |
| La justice | Justice = légalité (Protagoras) ou loi du plus fort (Thrasymaque, Calliclès) (fiches 10, 12) | Vertu de ne jamais commettre le mal; le juste diffère du légal (fiche 18) |
| Le savoir | Se vend; recettes pour réussir en politique et au tribunal (fiche 9) | Ne se vend pas; on questionne; la vertu ne se troque pas contre de l'argent (fiches 13, 17) |
| Le discours | Rhétorique, persuasion, vraisemblance, discours double (fiche 11) | Dialogue réfutatif, justification, elenchos, maïeutique (fiche 14) |
| Le but | L'utile, le succès, l'opinion qui rallie la majorité (fiche 11) | Le bien, la vertu, le soin de l'âme (fiche 16) |
| Le rapport à la loi | Obéir parce que la majorité le veut, ou désobéir quand on ne risque rien (fiche 12) | Obéir toujours, car les lois visent la justice, même imparfaitement (fiche 18) |
| Doxa ou logos | Doxa : apparence, persuasion, relatif (fiche 7) | Logos : essence, justification, universel (fiche 7) |
| La démocratie | Un marché pour leur enseignement; ils poussent le peuple à des décrets contraires aux lois (fiche 8) | Elle exige des citoyens vertueux; sinon elle dégénère en tyrannie (fiche 17) |
Le point commun à ne pas oublier
Sophistes et Socrate partagent une chose : ils délaissent la nature (l'objet des présocratiques) pour s'intéresser à l'humain, à la justice et à la vie en cité. C'est pour cela qu'on les étudie ensemble.
Synthèse · Fiche 20
Résumé express : dates, citations, formules
Les dates
580-495Pythagore
v. 640-558Solon, père de la démocratie
540-475Xénophane
540-480Héraclite
510-440Parménide
470-399Socrate
460-370Démocrite
Fin du 5e siècleDégradation de la démocratie
399Procès et mort de Socrate
Toutes les dates sont avant Jésus-Christ. Remarque : Socrate (470-399) est contemporain de Démocrite (460-370), et Parménide est encore vivant quand Socrate naît.
Les citations et qui les a dites
« Tout est nombre. »Pythagore
« L'opinion se rapporte à ce qui devient et change, tandis que la science se rapporte à ce qui est. »Platon, La République, livre V (la doxa)
L'être humain est « l'animal doué de logos ».Aristote (le logos)
« La vie sans examen ne vaut pas la peine d'être vécue. »Platon, L'Apologie de Socrate
« Je suis plus sage que cet homme; car il croit savoir ce qu'il ne sait pas, tandis que moi, si je ne sais pas, je ne crois pas savoir. »Platon, L'Apologie de Socrate (l'ignorance socratique)
« Ce n'est pas moi qui réfute, mais la vérité qui apparaît par nos paroles. »Platon, L'Apologie de Socrate (l'elenchos)
« Mon art est semblable à celui des sages-femmes; il consiste à examiner si la pensée enfante quelque chose de viable. »Platon, Théétète (la maïeutique)
« La justice est la vertu qui nous dicte de ne jamais commettre le mal. »Socrate (la justice et les lois)
« L'homme le plus juste est le tyran le plus cruel. »Calliclès (la loi du plus fort)
« Si tous les citoyens doivent gouverner, il faut que chacun gouverne dans l'intérêt de tous les gouvernés… »Laramée, Introduction à la philosophie, p. 134 (le procès politique)
Les formules qui font gagner des points
- Philosophie : réflexion critique et rationnelle en quête de sens.
- Philo-sophia : désir de la sagesse, donc un état d'être, pas un corps de connaissances.
- Mythe contre philosophie : transcendance / immanence, surnaturel / nature, plusieurs principes / économie des principes.
- Science contre philosophie : progrès / questions éternelles, empirique / conceptuel.
- Présocratiques : principes internes, nature intelligible, explications économiques.
- Doxa contre logos : opinion / raison, apparence / essence, persuasion / justification, relatif / universel.
- Clisthène : 10 tribus, 1 stratège élu, 50 conseillers tirés au sort, 500 juges, ostracisme.
- Platon : aristocratie → timocratie → oligarchie → démocratie → tyrannie.
- Sophistes : professionnels, itinérants, rémunérés; premiers humanistes.
- Protagoras : justice = légalité; la loi est juste tant que la majorité la croit telle; il faut respecter la convention.
- Pragmatisme : le bien remplacé par l'utile, la vérité par la vraisemblance.
- Loi du plus fort : Antiphon (invention des faibles), Thrasymaque (intérêt du plus fort), Glaucon (berger de Lydie), Calliclès (tyran le plus juste).
- Socrate : ne vend pas, ne promet pas, ne donne pas de recettes, questionne.
- Méthodes : elenchos (réfutation en 4 étapes), maïeutique (sage-femme), aporie (impasse).
- Euthyphron : aimé des dieux parce que pieux, ou pieux parce qu'aimé des dieux ?
- Vertu-science : le bien est inné, le mal vient de l'ignorance, la vertu apporte le bonheur.
- Procès : corrompre la jeunesse, nouvelles divinités; en réalité, un procès politique.
- Justice : ne jamais commettre le mal; le juste diffère du légal; ne jamais désobéir aux lois.